ISLAM FINANCÉ DE L’ÉTRANGER : CE QUI EST AUTORISÉ EST CLAIR, L’INTERDIT EST DÉGUISÉ

مدير النشر22 فبراير 2022Last Update :
ISLAM FINANCÉ DE L’ÉTRANGER : CE QUI EST AUTORISÉ EST CLAIR, L’INTERDIT EST DÉGUISÉ

Edité par Lhoucine BENLAIL Directeur accrédité SAWT ALHAKIKA pour l’Europe

Voilà qui est fait, le ministre a enquêté sur la situation d’un culte avec l’aide des service secrets, a accusé puis posé ses exigences, a fait état de ses émotions de déception et d’insatisfaction, a finalement jugé sans transparence et a entamé l’exécution de son propre jugement. Cela fait un grand nombre de pouvoirs dans un seul homme, pour une démocratie, non ? Est-ce là un travail professionnel et représentatif des citoyens belges ou de l’état de droit ?

Tout d’abord, il y a certainement une ingérence que le gouvernement veut systématiser par rapport au culte musulman. Que veut le ministre exactement, par rapport à la gestion du culte, il ne le dit pas très clairement. En outre, ni à la sûreté nationale, ni au cabinet du ministre, nous n’avons les noms des gens diplômés ou considérés comme compétents pour enquêter sur cette religion. Cela pose un double problème, celui de la transparence et du professionnalisme.

Le ministre a posé des conditions de professionnalisme, dont il ne fait nulle preuve lui-même. Le monde politique européen veut souvent des gens diplômés en Europe pour la gestion du culte, alors qu’il ne sait souvent même pas les compétences nécessaires que la religion requiert. Y a-t-il un diplôme européen en islamologie digne de ce nom ? Non. Chaque musulman sait bien que pour apprendre cette religion, il faut une maîtrise linguistique et culturelle de l’arabe que l’environnement européen n’offre évidemment pas ; il faut en outre vivre l’islam pour le comprendre par le vécu, alors que les enseignants universitaires dans ce domaine ne sont souvent pas musulmans. La dépendance des pays musulmans arabes dans la formation des ministres du culte est donc inévitable, si on veut que la connaissance du culte soit bien présente dans les mosquées. Cela n’est pas très différent des archéologues sur la civilisation égyptienne qui ne peuvent pas faire de recherche sur leur spécialisation sans aller vivre un certain temps en Égypte. Que dirait-on d’un vétérinaire spécialiste du comportement de la faune africaine qui n’a jamais vécu sur le continent africain, par exemple ? Imaginez un instant qu’on forme des médecin sans jamais leur faire visiter un hôpital et ne pas leur faire voir de patients, avoir d’avoir leur diplôme. C’est tout simplement ridicule.

Le cabinet veut-il aussi de la transparence sur les discours dans les mosquées ? On peut être certain que si chaque bourgmestre voulait une réplique de chaque « khotba » (prêche du vendredi, ndlr), les imams seraient ravis, même sans alourdir le budget communal, de venir leur apporter la même bonne parole qu’aux fidèles. Le ministre ne cherche pas à s’informer, sauf qu’il s’appuie sur des enquêtes par la Sûreté de l’État, qui est tout sauf transparente, forcément.

Le ministre veut aussi de la transparence, notamment financière. Oh bien sûr, il y a certainement des spécialistes comptables et financiers qui scrutent de très près comment sont financées les mosquées. Mais, très franchement, toutes les religions ou plus généralement toutes les associations peuvent être soupçonnées, si on ne demande pas clairement des explications. Les mosquées, qu’elles soient sous forme d’association sans but lucratif ou d’association de fait, respectent la loi, sinon l’état aurait déjà tout fait pour les faire condamner devant le tribunal. Une association a souvent très peu de moyens et doit se débattre pour trouver quelques deniers à gauche à droite pour être financé. Quand on voit l’état des bâtiments des mosquées, on voit bien qu’ils ne roulent pas sur l’or. Et puis, si on n’autorise pas certains financements venus de l’étranger, par exemple, ils peuvent venir par valise diplomatique ou via des achats à des entrepreneurs belges, qui surfactureraient leurs produits ou services, pour le bénéfice de lieux de culte via des dons (nationaux) de ces entreprises. Lorsqu’on barre le chemin pour des financements, l’argent coulent par d’autres moyens plus discrets jusqu’aux destinataires de dons.

Le fond du problème est que le pouvoir exécutif veut poser des conditions à la gestion du culte, telles qu’imposer des quotas dans la nomination de femmes, de « non-marocains » ou de « non-turcs » dans l’exécutif des musulmans, qui s’apparentent à de l’ingérence, ce que la constitution belge interdit. Et non moins représentatif de notre état de droit, le ministre se pose en juge, alors qu’un tribunal de première instance doit écouter la défense dans une séance publique et doit en tenir compte pour argumenter dans son jugement, sous peine d’être réformé en appel ou cassé en cassation. Le ministre ne tient guère compte de cette règle de droit et juge, condamne, exécute.

Le nouvel argument du ministre sur la représentativité est clairement une déformation professionnelle. Oui, le monde politique doit être représentatif de l’ensemble des citoyens, soit. Il pourrait soutenir alors l’apparition de partis musulmans, il apprendrait des choses, sans nul doute. La gestion du culte doit-elle être représentative des citoyens qui se revendiqueraient de ce culte, même s’il ne pratiquent pas ou n’en ont souvent que faire de leur religion ? Imaginez un instant qu’on impose la condition que la messe catholique le dimanche soit dite par autant de prêtres femmes qu’il y a de femmes dans l’église. Elles devraient toutes fermer. Non, un parti politique chrétien représente les chrétiens, femmes et hommes, et explique pourquoi certains textes de lois doivent inclure des nuances pour pouvoir y inclure aussi les chrétiens. C’est bien pratique et ça marche dans de nombreuses démocraties européennes.

Ce qui est vraiment curieux, c’est ce que le ministre et son gouvernement cherchent exactement, en imposant des conditions à la gestion du culte musulman, en voulant dire comment former des religieux, en déterminant les critères de nomination des ministres du culte et en décidant ce qui peut être reconnus ou non. Le ministre ne frise-t-il pas la désobéissance à sa propre constitution et aux lois régissant son système judiciaire ? Quelle réputation toutes ces positions politiques donnent-elles dans le monde depuis bientôt 50 ans ? Le débat ne fait malheureusement que commencer, d’autres épisodes suivront dans ce clash entre le pouvoir exécutif et la gestion du culte. A suivre donc.

Michel Dardenne et Lhoucine Benlail

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